Introduction
La Réforme luthérienne dans le Pays de Montbéliard
par Franvois Vion-Delphin

- Introduction
- Les trois Réformes Montbéliard aises
- Une société luthérienne

Introduction
En 1517, résonne dans toute l’Europe le puissant message de Martin Luther, conduisant à la diffusion et à l’enracinement d’une Réforme religieuse qui bouleverse profondément les sociétés et les Etats occidentaux. Possession d’une dynastie princière wurtembergeoise et luthérienne, concerné par cette mutation qui façonna son âme et son histoire, le Pays de Montbéliard, situé entre le Sundgau, la Franche-Comté des Habsbourg et l’Ajoie du prince-évêque de Bâle, devint une enclave fragile cernée par des terres restées catholique ; mais la Réforme n’y triompha pas d’emblée : il fallut un long cheminement, de 1524 à 1586, parsemé de tensions et de conflits.

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Les trois Réformes Montbéliardaises
1 - Le duc Ulrich et Guillaume Farel :
Le duc Ulrich fait venir Guillaume Farel, prédicateur français installé à Bâle, en 1524. Il prêche sans relâche, avec force et violence, suscitant l’enthousiasme mais aussi beaucoup d’incidents. Sous la pression des cantons suisses qui craignent la contagion, et soucieux de se ménager leur aide pour reconquérir son duché de Wurtemberg, pour l’heure au main de la ligue de Souabe, Ulrich expulse Farel en mars 1525. Celui-ci se réfugie à Bâle où il rédige sa
Sommaire et brève déclaration, premier traité de liturgie évangélique français. Bien que de courte durée, son passage ne fût pas sans conséquence, il fit connaître dans la ville le message de Luther et rencontra un réel succès populaire, même s’il se heurta aussi à de vigoureuses réactions. Il prit pour la première fois la parole comme réformateur indépendant et prépara, sans le savoir, le terrain pour Pierre Toussain.

2 - L’action décisive de Pierre Toussain :
En 1535, le duc Ulrich fait appel à Pierre Toussain pour replanter les idéaux réformés dans le Pays. Ancien chanoine de Metz, disciple de Lefèvre d’Etaples et ami de Farel, formé comme lui dans le creuset bâlois, il est le véritable fondateur de la Réforme à Montbéliard. En 1538, la messe est supprimée, tandis que treize prédicants viennent s’installer, permettant la fusion des idées nouvelles dans la ville, le Comté et les seigneuries d’Etobon et de Blamont. Mais la situation reste mal assurée, malgré la pression du duc, cette orientation paraît plus proche de celle du réformateur suisse Zwingli, que de Luther, alors que de 1548 à 1552, Charles Quint, vainqueur des princes protestants allemands impose l’intérim qui suspend momentanément la Réforme. Georges Ier la rétablit à l’automne 1552, avec l’aide de Pierre Toussaint, devenu surintendant, et rallié définitivement au luthéranisme selon la confession d’Augsbourg (1530) qui proclamait : Cujus region, ejus regio (tel prince, telle religion). Désormais, les sujets devaient donc adopter la religion du prince : Georges Ier étant luthérien, ils devaient l’être aussi ; mais il fallut une trentaine d’années de luttes et de tensions pour que triomphe définitivement le luthéranisme princier. Afin d’assure le succès de la Réforme, le souverain institua des bourses annuelles pour six étudiants francophones montbéliardais, à condition que leurs études théologiques s’effectuent à l’Université luthérienne de Tubingen. De 1560 à1793, tous les pasteurs montbéliardais y furent formés : son rôle fut essentiel.

3 - Le règne du prince Frédéric (1558-1608) :
ll restait à enraciner et à organiser la nouvelle Eglise. Ce fut fait sous le règne de Frédéric. Les tuteurs du jeune prince introduisent dans le Pays la grande ordonnance ecclésiastique de 1559, traduction de celle du Wurtemberg. Pour imposer sa Réforme, le souverain dut lutter contre la pression catholique venue de l’extérieur, dans un contexte de guerre de religion, avec l’invasion des Guise en décembre 1587. Il dut affronter aussi de multiple danger intérieur : résistance catholique, présence des réfugiés calvinistes, pasteurs demeurés calvinistes, sorcellerie. C’est dans cette situation difficile que la Réforme s’étendit aux seigneuries d’Héricourt, de Clémont et du Châtelot entre 1560 et 1565, et à Mandeure en 1583. Peu à peu la grande ordonnance de 1559 s’imposa, mais il avait fallu mater la résistance des pasteurs non luthériens, contraints de se soumettre ou de s’exiler, et celle des réfugiés huguenots de plus en plus nombreux. Réuni par Frédéric en 1586, le colloque de Montbéliard, en présence de théologiens luthériens wurtembergeois (Jacob Andreæ) et calvinistes de Genève (Théodore de Bèze), ne parvint pas à trouver une solution de compromis. Finalement, le prince proclama le 22 décembre 1586 La confession de Foi de Montbéliard qui installait de façon définitive une Eglise d’Etat luthérienne dirigée par le souverain lui-même. Les réfugiés huguenots ne furent cependant pas expulsés : les uns s’étaient fixés à Frédéric-Fontaine, alors que les autres pouvaient s’installer au faubourg de Besançon construit pour les abriter.

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Une société luthérienne :

Dès lors, dans les paroisses inspectées chaque année par le surintendant, la vie religieuse s’organisa sous la responsabilité des pasteurs aidés par les anciens. Les consistoires très rigoureux, réprimaient abus et manquements, imposant une ferme pression sur la vie sociale. Les écoles entamaient, dans une situation matérielle difficile, un long et patient travail d’alphabétisation des enfants. Grâce à la boîte des pauvres, les misères les plus criantes pouvaient être soulagées. La vie quotidienne se trouvait marquée et rythmée par les actes religieux : culte, prière, catéchisme, chant des psaumes, baptêmes, mariages, testaments. L’œuvre scolaire fut considérable et pionnière, il s’agissait d’une priorité voulue par le prince, car la Réforme est avant tout la religion du Livre. Chaque fidèle devait pouvoir rentrer personnellement en contact avec les Saintes Ecritures par la lecture. Dans chaque paroisse, une école ouvrit pour tous les enfants de 5 à 15 ans, garçons et filles, donnant au Pays une avance culturelle remarquable. A Montbéliard, l’école française (primaire) et l’école latine (secondaire) assurèrent le recrutement d’élite locale (pasteurs, professions libérales, fonctionnaires) qui parachevait sa formation dans les universités de Tubingen ou de Bâle. Dans ses conditions, l’écrit pouvait se diffuser et une imprimerie, celle de Jacques Foillet, s’installa dans la ville en 1586, publiant plusieurs dizaines de titres religieux ou profanes. C’est aussi dans ce contexte que Montbéliard connut les feux tardifs de la Renaissance, illustrés par les travaux du médecin Jean Bauhin et de l’architecte Heinrich Schickhardt. Sous l’impulsion du prince Frédéric, prince éclairé, prince de la Réforme et de la Renaissance, le Pays de Montbéliard connut donc des mutations décisives, à l’origine de toute son histoire moderne, particulièrement sur le plan religieux. Installé dans les tensions et les luttes entre 1524 et 1586, le luthéranisme, voulu par le prince et la plus grande partie de la population, a façonné le Pays et lui à donné une caractéristique essentielle de sa personnalité. L’alphabétisation massive et précoce qui est lié a pu créer un terrain particulièrement favorable pour les développements économiques et industriels futurs. Enfin, il ne faut pas oublier que le Pays de Montbéliard, grâce au caractère singulier de son histoire, possède toujours le seul luthéranisme d’expression française au monde depuis son origine, au début du XVIe siècle.

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